mardi 23 février 2010

A l'heure où blanchit la campagne 2010 des MCF

Cher petit aspirant MCF,

Depuis quelques minutes, sous tes yeux ébaubis, tu vois se dérouler la longue liste des postes qui sont cette année ouverts à tes plus chères aspirations. Si c'est la première fois, goûte avec plaisir le délicieux frisson qui parcourra ton échine. Si tu es un vieil aspirateur comme moi, aspire et souffle et remonte tes manches, c'est reparti.

Petit rappel de ce qu'il faut qu'aspirants et aspirateurs fassent dans le mois qui arrive....







REMPLIR SON PLACARD

Si vous ne l'avez pas encore fait, finissez fissa un modèle de CV et une page en ligne pour votre campagne. Pour l'avoir sous la main quand on vous les demandera.

RECUPERER LA LISTE L
Prendre un stabilo Rose pour les filles et Vert pour les choux et stabiloter tous les postes de sa section où il semble possible de coincer un chausson dans la porte.

IMPRIMER TOUS LES POSTES P
Ouvrir tous les profils des postes retenus, les lire attentivement et sélectionner P(L), la liste des postes qui correspondent à ses compétences et envies (si, si, ça compte! Vous avez vraiment envie d'aller à Lille si l'amour de votre vie travaille à Montpellier ou envie d'aller à Brest si votre vieille maman vit à Strasbourg?) et imprimer les profils desdits postes

SCANNER LES POSTES P avec vos yeux biolasers de chercheur méthodiste
Faire un joli tableau Excel avec en colonnes:
  • le numéro du poste
  • l'intitulé
  • la ville
  • le nom du contact
  • un commentaire libre

Allez sur le site des équipes et des universités voir ce qu'on peut collecter comme info et en faire une synthèse dans la colonne "Commentaires Libres".

PROSTIPUTER LES LABOS

Ecrire à TOUS les contacts des profils de postes qui vous intéressent avec un mail un peu personnalisé en fonction de ce que vous aurez mis dans la colonne "Commentaires Libres" pour leur dire:
  1. j'ai le poil brillant et la truffe fraiche
  2. Je vous aime, adoptez-moi
  3. est-ce que je peux vous appeler un de ces jours?
  4. regardez mon site et demandez-moi des infos si vous voulez m'adopter

C'est tout pour aujourd'hui/cette semaine... La semaine prochaine, relance des muets et point sur les premiers contacts.





LE CADEAU GEEK-O-TRUK du jour

Un Galaxie efficace est totalement oxymorique, la liste des postes directement disponible ici ne permet pas d'ouvrir directement les profils sous la plupart des navigateurs, donc pour y accéder, voici l'Elpidou Truk du jour...

Tape de tes petites doigts boudinés : https://galaxie.enseignementsup-recherche.gouv.fr/antares/fichePosteAntee?telecharger=Telecharger&numemp=XXX&numetab=ZZZZ&ancamp=2010&numsession=1

Et remplace XXX par le numéro du poste que tu veux vivre à jamais dans ta vie de MCF et ZZZZ par l'UAI (numéro de la première colonne de la liste) Ex XXX = 1058 et ZZZZ = 0060931E.

Bonne pêche à tous!

mercredi 17 février 2010

Le mercredi c'est Galaxie!

Dorénavant, le mercredi sera jour de météo-trafic sur Elpidou!

"Aujourd'hui, 17 février, nous fêtons la Ste Cendres, qui est la patronne des thèses qui n'auront servi à rien d'autre qu'à transformer des arbres oygènes aux vertes ramures qui offraient des abris azuréens aux petits oiseux et des abris champêtres aux jeunes amoureux en papier chloré imprimé à l'encre et la sueur qui vieilliront rances dans des bibliothèques poussiéreuses où plus personne n'ira parce qu'on aura tous Internet et que les hibous poilus seront remplacés par des Ibooks lookés.

Voici donc les prévisions d'Elpidou pour la partie galactique de l'enseignement supérieur et de la recherche :

Tout d’abord, il faudra être très prudent dans la partie Affichage des postes : malgré une bonne visibilité des Lettres d'Information dans les zones Mailbox, la plupart des postes annoncés sont actuellement masqués par des cumulus technologiques qui pourront être levés en appelant directement le bureau du recrutement (01 55 55 12 XX selon votre domaine) ou en consultant la liste directement ici .

Attention cependant, suite à des bourrasques passagères, ladite liste pourra être sujette à refroidissement et provoque actuellement des dérapages verglaçants qui vous amènent ce matin à:

Not Found


The requested URL /ensup/galaxie/ListesPostesPublies/Emplois_publies_TrieParCorps.pdf was not found on this server.

On espère des accalmies dans l'après-midi mais la situation pourrait à nouveau être inquiétante demain dans la matinée.


Elpidou prévoit également un ciel chargé dans la partie Résultats des Qualifications. Certains résultats sont sujets à tornades et on est toujours sans nouvelle des décisions de CNU. orageuses. La vigilance est donc de mise, et Elpidou a d’ailleurs placé plusieurs sections en alerte rouge jusqu'au 22 février où un dégel généralisé devrait être effectif.

Concernant les températures corporelles des aspirants : il fera entre -5 et 2° dans la partie supérieure des émotions, et entre 39 et 42° dans la partie Mains Moites. Des températures qui restent tout à fait conformes aux normales saisonnières. Nous encourageons tous les aspirants à préparer dossiers et vitamines pour être dans les starting-block la semaine prochaine.

Nous reviendrons sur les prévisions galactiques dans la journée en cas de changement mais dans tous les cas, Elpidou vous donne rendez-vous mercredi prochain, 23 février, jour officiel d'ouverture de la grande Foire aux Postes pour un prochain point météo."

vendredi 12 février 2010

Fluctuations du vide

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Abstract* : Ne cherchez point les profils de poste comme vous y invite Galaxie en ce moment: ils ne seront accessible qu'à partir du 23 février.
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Aujourd'hui parlons peu mais parlons sciences.

Anonyme X, doublement anonymisé par un sigle homogamétique, répondait hier à Anonyme Y, peut-être injustement masculinisé puisqu'il y a 30% de chances qu'il fasse parti des internautes qui produisent des gamètes ovulaires. Anonyme X disait donc que les rapports que l'on demande à une Commission de Spécialistes pour essayer de comprendre pourquoi elle a préféré Gloomy ou Homy ou Localy sont parfois vides.

En 1948, un dénommé Casimir, qui se prénommait en réalité Hendrik et n'avait pas 3 doigts à chacun de ses pieds oranges comme les mauvais esprits pourraient malicieusement le suggérer, avait mis face à face deux miroirs et s'était aperçu que s'exerçait une force qui avait pour origine... les fluctuations du vide.

Il rejoignait par là un dénommé Lamb, qui se prénommait en réalité Eugène et n'avait pas un sabot à son pied ovin comme les mauvais esprits pourraient malicieusement le suggérer. Ledit Lamb avait en 1947 montré que les fluctuations du vide étaient virtuelles : on ne peut les observer mais en revanche elles ont des influences réelles sur les particules.

Il y aurait donc un vide qu'on ne peut pas voir mais qui perturbe.

Comme un rapport de commission de spécialiste. Par exemple.

Comme une fiche de profil de poste. Par exemple.Voici un profil de poste au fil de l'eau que j'ai pu consulter la semaine passée dans la nébuleuse Galaxie. (Pour ceux qui se sont égarés sur ce blog et qui ne savent ni ce qu'est un MCF ni un profil de poste, ceci est la fiche qui permet de savoir si l'on peut candidater sur un poste d'enseignant à l'Université...)

Perturbant non? Cela dit, si ce poste vous intéresse parce qu'il correspond à votre profil, contactez-moi et je vous donnerai son code...

Encore plus sidérant, le vide de la Galaxie qui s'exerce depuis une dizaine de jours : je reçois un nombre croissant de mails de Galaxie m'informant que des profils de poste correspondant à mes compétences ont été publiés et qu'il faut se connecter pour y accéder. Après une dizaine de tentatives, j'ai pu vérifier que Galaxie était muet sur ces postes.

Avant de me suicider nerveusement à la tartine de Chaource, qui est un peu à l'aspirant MCF ce que le viagra est au sexagénaire sexuel ou le vaccin H1N1 à l'hypocondriaque asthénique, j'ai décidé d'appeler le Ministère.

Une étonnamment coopérante et charmante personne m'a informé qu'en fait les postes n'apparaîtraient vraiment qu'au 23 février, date officielle d'ouverture de la campagne. Bien entendu, si vous connaissez des gens dans la Commission ou si vous êtes gentils avec la dame du Ministère, vous pouvez les obtenir. Mais pour le commun des mortels, merci de bien vouloir vous soumettre aux lois inéluctables du vide quantique : la publication des profils de poste perturbe réellement vos boîtes aux lettres et vos esprits de (plus si) jeunes aspirants mais virtuellement cela n'est que du vide.

Ceci était une petite leçon de physique quantique sauce elpidou... demain leçon d'anatomie, Pandore a réussi à coloscoper Galaxie, des photos exclusives des endroits les plus secrets et les moins ragoûtants du plus sidéral Univers!

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Post-scriptum :
Pour rédiger ce billet, je cherchais à connaître le sexe des internautes. Pour éviter de tomber sur tout un tas de sites exhibant du string résille sur du cuissot photoshopé, j'ai googlisé "% des internautes sont des". Les premiers résultats sont sans appel : les internautes sont des pirates!!! Voici cependant une savoureuse liste que je ne peux m'empêcher de partager avec toi, petit internaute qui passe sans doute par des crises identitaires :
  • 36 % des internautes sont des pirates (sortez tous vos bandeaux!)
  • 29 % des internautes sont des CSP (sortez tous vos cartes du Christlich Soziale Partei)
  • 37% des internautes sont des convergents TV (oh quel joli pléonasme!)
  • 2,2 % du total mondial des internautes sont des Russes (trinquons!)
  • 90% des internautes sont des potatoes (et les 10% restant?)
  • 58% des internautes sont des célibataires (ceci est sans doute lié aux 90% de potatoes)
  • 20% des internautes sont des skypers (et les 80% des petits mousses)
  • 3,3% des internautes sont des pigeons (thanks to la Mairie de Paris et son Wifi gratuit dans les parcs)
  • 25% des internautes sont des obsédés sexuels (seulement?)
  • 80% des internautes sont des curieux de la chose (ah oui, cela semble plus réaliste)
  • 25 % des internautes sont des mobinautes (amateurs de chanteur???)
  • 97 à 99% des internautes sont des lecteurs "passifs", qui lisent mais n'écrivent pas (et 1% sont des Anonyme actifs, je confirme)
J'ai eu un petit souci car en compilant inscientifiquement à la louche les résultats : il semble qu'environ 50% des internautes sont des hommes et 30 % sont des femmes. Même si je rajoute les 3,3% de pigeons, je suis donc à la recherche du chromosome manquant. J'ai bien quelques théories sur le sexe des geeks ou des potatoes, mais ce vide est angoissant, non? vaine vacuité d'un vacuum videur vacant...
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(* Ayant pitié des pauvres aspirants qui ne consultent ce blog que pour son caractère informatif, j'ai décidé de la jouer scientifique en publiant un abstract qui permet aux évaluateurs de gagner du temps en évitant une inutile et fastidieuse prose inutile.)

mercredi 3 février 2010

Eloge de la paresse

Bonjour Paresse, Pandore peut postdocer tranquille, plus besoin de disserter sur l'assourdissant silence des recrutements du scandale, la place publique étale désormais le linge sale des commissions...

A l'heure où la troisième campagne commençait déjà à sentir les canaux vénitiens, certains de mes amis ayant déjà appris par des sources informelles qu'ils étaient qualifiés ou non et qu'un poste de MCF leur était réservé alors que Galaxie est muet pour les innocents, je ne saurais dire ma gratitude à ces trois universitaires. Puissent tous ceux qui ont jusqu'ici fermé leurs poings sur leurs yeux, leurs oreilles et leurs lèvres tels les trois petits singes, comprendre qu'il n'était pas si dangereux d'être courageux, pas si difficile de refuser de siéger dans des commissions fantômes...

À M. Luc JOHANN

Président de l'Université de Metz Paul Verlaine
Ile du Saulcy
BP 80794
57012 METZ cedex

Le 1er février 2010.


Monsieur le Président,

Le Conseil d'Administration de votre établissement a, dans sa séance du 29 janvier 2010, refusé de suivre le classement proposé par le comité de sélection de 9e section réuni pour pourvoir le poste de maître de conférences n° 0496.

Ce comité, dont nous étions les trois membres extérieurs, avait en effet, par un vote unanime, demandé l'affectation sur ce poste d'un candidat de très haute valeur et répondant parfaitement au profil pédagogique et scientifique que vous aviez défini. Le Conseil d'Administration lui a préféré la candidate classée troisième, qui ne fournissait en rien les mêmes garanties scientifiques mais enseignait déjà dans votre établissement. Or, nous vous rappelons qu'un poste d'enseignant-chercheur n'engage pas seulement l'université qui recrute: c'est la qualité tout entière de la recherche et de l'enseignement au niveau national qui s'y joue.

Nous tenons à vous exprimer notre colère la plus vive et refusons désormais de siéger aux comités de sélection de l'Université de Metz.
Nous nous engageons à donner à cette injustice la plus large publicité et à ne plus participer aux activités scientifiques de votre université pendant toute la durée de votre présidence.

Recevez, Monsieur le Président, nos salutations distinguées.

Vincent Jouve, professeur à l'Université de Reims
Gilles Philippe, professeur à l'Université Paris III
Éléonore Reverzy, professeur à l'Université de Strasbourg


(merci à Avrel et Baptiste pour m'avoir simultanément fait parvenir ce courrier)

mardi 15 décembre 2009

"Rien ne rend l'esprit étroit et jaloux comme l'habitude de faire une collection"

Quand il était petit, mon frère avait une collection très originale : une collection de collections.

Il y avait les timbres, papillons de papier coloré, rectangles voyageurs stampés d'encre effacée, bien rangés sous une bande de plastique rigide, bien plaqués sur le canson noir d'albums alignés sur l'étagère.

Il y avait les pin's, rondelles métalliques à l'attache indétachable, qui trouait le tissu et rouillait en larmes brunes, en vrac dans une boite en plastique qui avait dû, dans une autre vie de salle de bain, contenir des cotons-tiges.

Il y avait les insectes, trouvés au jardin, sèches sauterelles aux pattes fuselées, grasses mouches strassées de glauques saphirs et de troubles émeraudes , araignées rétrécies aux pattes repliées dans la mort, tous et toutes ailes et pattes épinglés sur la plaque de polystyrène qui jaunissait.

Il y avait les cartes téléphoniques, rectangles froids et mats, messages publicitaires, nombre d'unités, une pile de plastique qui sentait la cabine, odeur métallique d'urine et d'haleine de toutes les conversations échangées.

Il y avait les bouteilles de coca-cola, toutes les langues, toutes les tailles, fer et verre, camaïeu de rouge plus ou moins fané, la mondialisation en action jusqu'à la petite voiture de métal à la tôle faite de canettes recyclées.

Il y avait la tablette aux horreurs, cadavres momifiés de souris, cadavres écrasés de grenouilles imprudentes sur la route, longuement séchées au soleil du macadam, os de rongeurs dégagés à la pince des pelotes de déjections des oiseaux de la nuit aux plumes fines et d'autres macabres trophées posés sur le pin blanc.

Il y eu sans doute aussi la collection d'escargots vivants dans la boite à chaussures, de têtards du printemps qui ne devinrent jamais grenouilles en été, de coquillages des plages bretonnes qui fleuraient la marée, de chapeaux du monde entier, tant et tant de collections qui furent un jour montées au grenier puis jetées quand la maison fut vendue.

Depuis trois ans, je collectionne à mon tour de drôles d'objets, des diplômes archaïques sur des parchemins signés à l'encre par des présidents d'université en toge, des articles scientifiques qui finiront au grenier, des auditions avortées avant l'été, des espoirs fanés exposés comme des monstres, des postdocs strassés de vide qui comble les projets de l'ANR

Hier, j'ai repris le chemin familier de la poste, pour compléter ma collection de numéros de qualification, j'en ai déjà deux, un par année de candidature. Jamais deux sans trois, j'ai ressorti mon dossier à convaincre, l'ai un peu toiletté pour la section nouvelle et l'ai imprimé en deux exemplaires qui partiront vers le Sud qui chante et l'Est qui neige. Hier j'ai recommencé un dossier CNRS à ajouter aux autres cadavres de dossiers de ma collec'. Hier j'ai ajouté un article à grenier à mon Curriculum Vitae, cette monstrueuse collection de collections qu'on jettera peut-être quand la maison sera vendue.

mardi 17 novembre 2009

Sidérantes amours sidérales

Mon très cher Galak,

Entre nous, plus de haine que d'amour. Sans cesse la mer me ramène embrasser tes blancs rivages où j'écorche ma patience et mes kalai kalai elpides. Il me faut sans cesse revenir en ton sein chercher ce que pourtant tu te refuses à m'offrir. Sans cesse, je me heurte à toi que je fuis.

Comme les amants maudits, je me jure cent fois de t'oublier et de ne plus me perdre en tes méandres et cent fois je rechute et reviens à toi.

Tu as un nom de trou noir, de lessive qui lave à coups de sulfates, de faux chocolat pour enfant obèse qui geint devant le frigidaire, tu es toujours en retard, toujours en dérangement, jamais disponible, jamais arrangeant. Ton logo ressemble aux balbutiements artistiques de ma mamie quand elle découvrit Paint à la fin du siècle dernier, tu es hébergé en terres de rois consanguins, là où les glaces ne renvoient dans la galerie que des images d'elles-même.

Et pourtant, je suis la Juliette de Victor, la Simone à son Jean-Paul, l'Héloïse de l'Abélard, l'Elsa de Louis, la Gabrielle de son bon roi Henri, la Cléopâtre de l'Antoine togé, oui, je te l'avoue, bien à regret, je suis la Pandore de la Galaxie.

Tu me sonnes et moi j'accours, tu me siffles, je me prosterne. Tu m'avais dit "Lundi, c'est promis! Lundi tu sauras". Et moi, comme la plus misérable maîtresse crédule d'un homme marié, j'attends depuis hier de savoir à qui envoyer mes prochains dossiers de qualification et dans la case Rapporteurs, tes mots cruels, noir sur gris, triste sur terne : NON DESIGNES.

Et le pire est que nous sommes sans doute mille, nous sommes sans doute cent à attendre ainsi que tu honores le moindre de tes engagements. Un jour, je tatouerai le fronton du 1 rue Descartes d'un sanglant GALAXIE SALAUD!

En attendant, je t'attends...

dimanche 15 novembre 2009

Mai au coaltar, novembre au trimoir...

Un blog c'est bien mieux qu'un chien. Déjà ça vous laisse tranquille le matin : en quatre ans de blogs, je n'ai jamais été réveillée par une langue râpeuse et fétide et des halètements rauques m'incitant à enfiler un imper sur ma nuisette pour aller saluer le trottoir, le cheveu crêpé rasta sur l'oeil en berne en attendant que mon blog trouve dans un ravissement béat son réverbère préféré.
Le blog ne perd pas ses poils, au pire, on y laisse quelques plumes. Le blog sent rarement mauvais, au pire, on supprime le troll.
Le blog prend rarement votre oreiller pour un partenaire sexuel, et même si cela arrivait, la concrétisation physique serait difficile. Quand le blog s'oublie, cela ne porte pas vraiment à conséquence.
Et surtout, quand vous voulez partir en vacances, vous n'avez pas besoin d'attacher votre blog à un arbre derrière la station pétrolière tueuse de cormorans plantée sur l'autoroute pollueuse tueuse d'automobilistes.

Il vous suffit de le laisser, inachevé. Sans scrupule. Le "Blog Inachevé", ça donne envie de se pâmer d'extase parce qu'on se prend pour Aragon. Ca réjouit d'aise, on se dit que le blog est le vrai lieu du Mentir-Vrai cher au poète cher et on se gratte le ventre d'aise d'avoir trouvé un manifeste artistique pour draper sa paresse et sa lassitude.

Je me suis donc bien grattée les côtes et j'ai laissé cet été mon blog en brandissant le Chapitre Uno des droits du bloggeur : le droit de ne pas écrire, ne droit de ne pas répondre aux commentaires, le droit de ne pas publier les textes écrits, le droit de faire le mort, le droit de me taire.

Dans le Chapitre Dos, je stipule le droit de reprendre le blog n'importe quand, le droit de publier des vieux articles écrits au printemps dernier, le droit de mentir encore sur les lieux des villes où j'ai passé mes auditions pour tromper Tintin, et les Dupont, et Sherlock, et Rouletabille, et Roger Lapin, et Adamsberg, et tous ceux qui portent un imper pour une raison autre que sortir le chien en nuisette ou trainer à la sortie des schola de la République pour exhiber un piteux attribut délaissé.

En j'en profite illico pour publier un texte écrit il y a 6 mois, parce qu'à relire la douleur d'alors, elle me semble à la fois bien futile et bien profonde.

"Solitude dans la grande salle.
Les autres sont partis, le dernier celui d'avant moi est en train de se vendre.
Solitude dans la grande salle.
Face à moi, les champs, de grandes herbes pâles qui ondulent souples et légères dans l'été étouffant.
L'haleine fiévreuse du champ rentre par la fenêtre, un des membres du KKK est venu l'ouvrir tout à l'heure.
La peur comme une boule qui irradie au plus profond. Pour la première fois, j'ai peur d'un KKK. Est-ce parce que je suis seule dans la grande salle, face au monde des possibles, dans 40 mn tout sera joué. J'aurai parlé, ils refermeront la porte derrière moi et parleront de nous et joueront pour l'un d'entre nous l'air d'une ère sans errance.
Solitude dans la grande salle, une salle de réunion, table beige, chaises tout autour, comme dans toutes les autres universités de France, un peu belle, on n'est pas dans n'importe quelle université de France, il parait qu'on est en terre d'excellence. Il y a longtemps, quand j'étais jeune gambadante dans les champs de l'espoir du monde meilleur où le ciel était bleu, j'étais dans une classe où on nous disait que si on arrivait là, on serait l'élite de la nation. Aujourd'hui, on me juge pour être digne d'enseigner à l'élite de la nation, faute d'avoir pu en être. Le destin est facétieux, j'ai envie d'appeler Madame Ayatollah, professeur d'anglais, qui me prédisait un destin de vendeuse chez Tati si je finissais à la fac. Envie de faire un téléphone qui crie pour lui dire que je suis dans les lieux qu'elle croyait seuls capables de fabriquer l'élite de la nation.
En attendant, table grande, chaises abandonnées en désordre, d'autres s'y sont assis tout à l'heure. On a parlé, du localisme, de la pénurie de poste, des lieux d'où l'on venait, des lieux où on irait. On s'est catalogué en silence: toi trop jeune, toi trop timide, toi candidat sérieux... On a parlé pour rompre la glace de silence. Mais ils sont tous partis et je suis la dernière au bout du couloir dans la grande salle.
Je fais semblant de lire, mais ça ne lit pas.
Je respire comme il faut, pour que le corps apaise mon esprit qui se cabre, halète, roule comme un félin en cage. Je gonfle le ventre puis les poumons. Ca ne se gonfle pas.
Je n'avais pas peur les autres fois, est-ce un signe? J'aimerais y croire et me dire que ces hautes herbes resteront par la suite la mémoire du moment juste avant celui où j'ai réussi mon destin.
Ce n'est qu'un poste, un tout petit poste, une audition parmi d'autres. Mais je suis seule dans la grande salle au bout du couloir et j'attends qu'on vienne me chercher. A chaque pas qui résonne, le tambour s'affole. Les pas s'arrêtent avant le couloir et ils ne sont pas nombreux. C'est la fin de journée et je suis la dernière, seule dans la grande salle. Après moi, ils refermeront la porte et parleront de nous.
Demain, il faudra leur téléphoner. En attendant, je regarde hypnotisée les herbes qui ondulent, j'ai peur de ma vie à jouer."

Et le lendemain, j'ai téléphoné.
Et 6 mois plus tard, on ne sait plus trop pourquoi c'était si douloureux, si vital, on l'a oublié et on sait pourtant qu'en mai prochain, cela sera aussi si douloureux, si vital, coupant comme du cristal. Cristal qui songe, demain les chiens...