mardi 20 mai 2008

Mur-Mur de Fac 3

Et toujours les murs qui font écho....

lundi 19 mai 2008

Oasis


Une audition, une vraie, pour un poste qu'on désire vraiment, parce que l'équipe est de qualité, parce que les enseignements sont intéressants, parce que géographiquement, c'est l'endroit où l'on veut habiter au moins pour les quarante prochaines années et même y mourir pour mieux y vivre à jamais.

Une audition pour elle-même, pas pour un poste à tout prix, mais juste pour celui-là, parce qu'au milieu de plus de 20 projets de recherche, c'est le seul en lequel on croyait vraiment, le seul pour lequel on avait un réel désir d'aboutissement, le seul qu'on n'a pas eu besoin d'enjoliver. Parce qu'on a lu et admiré la production scientifique de ses acteurs bien avant de savoir qu'un poste serait ouvert là-bas. Parce que plus on réfléchit, plus on sent que c'est là qu'on fera la meilleure recherche. Parce qu'on a bien vu que le poste est aux dimension de quelqu'un qui vient juste de soutenir sa thèse dans ce laboratoire mais qu'on a tellement envie d'y croire que cela n'a pas vraiment d'importance.

Je n'osais pas en rêver mais je suis finalement auditionnée sur un poste taillé à la mesure de mes envies et non de mes compromis et c'est aussi bon qu'un mango lassi glacé dans la touffeur d'un été oppressant, alors je savoure jusqu'à la chute,..... chut.......ne dîtes rien, laissez l'aspirante MCF aspirer à quelque chose, l'air frais est rare en cette saison.

vendredi 16 mai 2008

Horloges parallèles


Il est six heures du matin, tous les KKK de France, de Navarre et de Normandie dorment, mais moi je veille. Cela fait deux semaines que je n'ai plus ni très faim, ni très sommeil. Je mange, je parle, j'écris, je fais semblant, comme par habitude mais l'envie n'est plus là. Le corps est ailleurs.

Pendant ce temps, une horloge rythme ma vie en parallèle : Rennes décide de ne pas m'auditionner, tic, Clermond hésite, tac, Montpellier se tâte, tic, Strasbourg refuse, tic, Paris me verra, tac.

Je téléphone, je cours, je sors boire un verre, je fais semblant.

En d'autres lieux, en d'autres temps, on parle de moi, décide pour moi tic et je n'en sais rien, tac.

Le syndrome de la salle d'attente du dentiste


Je me doutais que mes épisodes 5 et 6, parce qu'anticipés, n'étaient que des spéculations fantasmagoriques de jeune vierge de l'audition . Maintenant que je suis passée de l'autre côté, je le sais : l'enfer ce n'est pas le KKK, l'enfer c'est l'antichambre du KKK. J'aurais lire Jean-Sol Partre avec plus d'application.

Hommage à Dante, on a peuplé l'antichambre de gorgones au regard assassin, de monstres mous et suants, de diables glissés dans des costumes encore étiquetés. On m'a pesé, soupesé, mesuré, on a toisé ma tenue pimpante (merci B.C), ma silhouette, le poids de mon sac et la couleur de mes chaussures. On m'a sourit avec tant de haine que j'ai vacillé. J'ai traversé les neufs cercles de l'enfer de l'angoisse, gravit ensuite les sept gradins de la montagne du stress avant de m'élever avec soulagement dans les neufs sphères concentriques du KKK.

On a convoqué tout le monde à 9h donc tout le monde est là, en poste, même si certains savent qu'ils ont plus de 2 heures à attendre. L'antichambre est une salle de cours dont on a rangé les tables contre le mur, dehors il y a la vie, du soleil et des arbres. Dedans ça suinte d'angoisse et de peur. Au lieu d'aller humer le vent dans les feuilles printanières, tout le monde reste là, à ne rien dire, une courtoisie forcée, à peine un bonjour.

Le tableau blanc nous renvoie en miroir la vacuité de notre situation. Je n'ai pas osé proposer rigolarde qu'on se fasse des auditions blanches pour passer le temps. Apparemment les autres n'avaient pas envie de rigoler. J'avais envie de jouer aux cartes, de boire des cafés en parlant de rien, on aurait pu comparer nos directeurs de thèse : tout docteur a des anecdotes croustillantes sur son ancien mentor. Un jour, quand je serai en poste, vieille, je les raconterai peut-être ici. On aurait pu se raconter nos rêves de la nuit quand on s'est réveillé à 3h pensant qu'on était en chaussons devant le KKK. On aurait pu se moquer de nos hésitations hier entre la chemise blanche et la chemise bleue, on aurait pu se dire que venir de Madrid, Genève, Bordeaux ou Metz, c'était dur mais qu'on y croyait.

Mais on est resté chacun dans notre coin à ruminer notre angoisse, le poids de nos 10 ans de recherche, la menace de notre vie à venir... Toutes les demi-heures, le Grand Maître venait chercher l'agneau sacrificiel à immoler sur l'autel de la décision. On écoutait nos Ipod, on lisait un bouquin, personne n'ouvrait son ordinateur alors que tout le monde en avait un. On aurait pu jouer de nos peurs au lieu de laisser siffler les serpents qui s'agitaient dans nos ventres.

Peut-être que c'était plus facile pour moi, parce que je n'y croyais pas vraiment (Tremble Illusion, Godechot est mon livre de chevet, je suis la Schopenhauer de la Recherche). Peut-être que si j'avais été l'un des trois locaux, l'enjeu aurait été différent et je n'aurais pas eu envie, moi non plus, de faire causette avec une Pandore inconnue qui souriait. Ca doit être louche pour un local un étranger qui sourit et qui a l'air tout zen.

Une fois mon numéro de chien savant joué, j'ai pensé que décidément, si ça ne marchait pas, ma consolation serait que ce monde-là était bien trop grave pour moi.

samedi 10 mai 2008

Divertissement réservé à un public averti*

Bien mal m'en a pris, telle une future opérée, je suis allée googliser ceux qui m'ont précédée. Chirurgiens alcooliques, hôpitaux délabrés, cicatrisations de travers, complications en tout genre le médecin s'est vengé de l'infirmière qui le trompait, le brancardier a lâché son précieux fardeau dans l'escalier, tous les lits étaient pris et la purée des plateaux-repas était froide...

C'est bien connu : les bien-portants ne viennent pas écrire leurs doléances sur les pages virtuelles de notre collective mémoire électronique. Aussi, pour peu que notre coeur se complaise dans les labyrinthes hypocondriaques, il faut mieux s'abstenir de prendre Google pour Madame Irma si l'on espére un futur radieux.

Aussi, ami lecteur, amie lectrice, si tu es comme moi petit aspirant MCF, tu trouveras dans le présent article une liste des lectures et des films à éviter en ce moment, ta petite black liste des oeuvres à garder sous le coude pour quand tu seras bien au chaud dans le creux accueillant d'un fauteuil de MCF. En revanche, si tu fais partie d'une KKK, si tu es de ma famille, si tu as déjà jeté l'éponge pour passer à autre chose, si tu penses que j'exagère quand je grignote mes tablettes de chocolat pour adoucir l'amertume de mes candidatures, n'hésite pas à cliquer sur les liens ci-dessous!
  • Cinématographique : la Candidature, le film d'Emmanuel Bourdieu. Plutôt que de résumer l'oeuvre, cet extrait d'une interview de l'auteur vous donnera une idée de son contenu : " J’ai un peu peur de cette logique du ressentiment, confesse Emmanuel Bourdieu à propos de son moyen métrage Candidature. J’ai été un jeune prof précaire, un peu aigri, ne sachant qu’en septembre ce que j’avais à enseigner en octobre, à qui ses collègues donnaient leurs paquets de copies, surpris que je refuse de les corriger. J’ai voulu dénoncer cette violence qui existe dans le milieu universitaire. Caricatural ? Peut-être. Ce qui me rassure, c’est qu’un ami prof m’a dit : "Tu es en deçà de la réalité… "
  • Scientifique : l'excellent article "Le localisme dans le monde académique : un essai d'évaluation", publié par par Olivier Godechot et Alexandra Louvet dans La Vie des Idées et un aimable lecteur m'avait signalé il y a quelques temps. On peut aussi lire son résumé dans le Monde. On poursuivra l'exploration avec l'entretien avec Olivier Godechot qui vous apprendra que j'ai 18 fois moins de chances d'être recrutée la semaine prochaine que les deux candidats locaux auditionnés avec moi.
  • Blogesque : le récit de Nathalie sur sa candidature, préaudition et audition, ne pas hésiter à lire aussi les commentaires des lecteurs...
  • Altruiste : l'expérience d'Olivier Ertzscheid, MCF qui a survécu à l'épreuve des KKK et qui vous raconte l'autre côté du miroir. Il faut lire ses plus belles auditions.
  • Décentralisé : Okham, outre-atlantique découvre le localisme à l'européenne...
  • Feuilleton : parce que comme chante l'autre, "tout a été dit cent fois et bien mieux que par moi", L'Enervé de Service vous raconte son Dallas à lui, il y a plusieurs épisodes ici, , , et .
Petit cadeau elpidesque en ce dimanche ensoleillé, un conseil à l'efficacité prouvé : si jamais ces lectures laissent un goût amer en bouche, l'estomac aigrelet voir ulcèreux, une douceur chocolatée de chez Constant et un disque de Madeleine Peyroux rappellent toujours qu'en ce bas-monde la vie est quand même très douce.

(* susceptibles de nuire à l'épanouissement physique, mental ou moral des aspirants MCF.)

mercredi 7 mai 2008

Tempête dans un verre de neurones*

Est-ce que je fais l'impasse sur mon parcours avant le DEA dans mon slide de présentation?
Est-ce que je mets une robe qui tourne ou un pantalon qui fait la jambe longue?
Est-ce que je mets mes communications soumises mais pas encore acceptées?
Est-ce que je mets des talons et prends le risque de l'horripilant clac-clac-clac dans le couloir qui mène au tribunal?
Est-ce que je prends le train qui arrive 2h plus tôt des fois que des jeunes autochtones fassent des feux de joie matinaux sur les rails en mon honneur?
Est-ce que je mets des talons et prends le risque d'humilier le président du KKK s'il est atteint du syndrome présidentiel?
Est-ce que je me lave les cheveux le jour même et prends le risque du syndrome caniche mouillé?
Est-ce que je vais m'acheter des talons neufs qui me feront la démarche altière et le pied ampoulé?
Est-ce que les 20 mn comprennent aussi les questions insidieuses?
Est-ce que je mets du sombre chic ou du pimpant clair?
Est-ce que je propose des collaborations avec d'autres équipes du labo dans le projet de recherche et prends le risque de passer pour une fille légère prête à passer chez l'ennemi?
Est-ce que je prépare une jolie feuille synthèse à donner en main propre à chaque membre et prends le risque d'apparaître comme non-écolo?
Est-ce que je vais dormir la nuit d'avant?

Dans quelques jours, je rencontre un KKK, un vrai...

(*brain storming, acuponcture des hémisphères, massage du prosencéphale, activation des lobes...)

mardi 6 mai 2008

Soap Opera...


Au départ c'était pour moi, le coeur un peu gros devant les mois à venir et aucune envie de bassiner l'entourage avec mes états d'âme. Un blog est le trop-plein parfait des pluies émotionnelles et le bassin privilégié des grandes logorrhés timides.

Puis c'est devenu un lien donné au compte-goutte à ceux qui me demandaient où j'en étais de mes candidatures.

Puis c'est devenu un feuilleton à destination de ceux à qui j'avais donné le lien et qui ne comprenaient rien à ce recrutement dont je disais que c'était un concours sans en être un vraiment.

Puis, dans son excellent blog, Baptiste Coulmont a parlé de mes Kalai Elpides, bientôt relayé par Caroline Legrand et brusquement il apparaît , se déplie sur la toile, se met à exister en dehors de moi. Des gens que je ne connais pas me lisent : pire -ou mieux-, des gens des universités où je candidate me lisent (Lecteur, lectrice, je suis ta BigSister à toi et je sais plein de choses sur toi, de la taille de ton écran à ton navigateur, je sais dans quelle université tu procrastine le RSS, sitemeter est un cafteur, mais comme je suis gentille, j'ai mis un cafteur public pour te pister en toute transparence).

Puis Google commence à recommander mes pages à l'aspirant MCF en panne d'espoir qui attend dans le vague et tape "MCF recrutement" ou d'autres requêtes lambda.

Puis un premier commentaire, bientôt suivi d'autres. Je retrouve les émouvantes et amusantes phases de la naissance d'un blog dont on surveille le blog rank avec le même souci que la courbe de poids d'un nouveau né. Contrairement aux histoires d'amour qui finissent mal, il parait que les feuilletons populaires finissent bien... Alors je veux de la bulle, de la mousse, du soap! Je veux bien être la Sue Helen du blog scientifique si je triomphe dans l'univers impitoyable.

Si tu veux que Kalai Elpides finisse bien, tape AZERTY, si tu veux du sang-tifique et des larmes, tape QWERTY, si tu veux une saison 2...m'enfin, non, tout sauf une saison deux, les suites sont rarement bonnes et la rumeur prétend que dans la saison 2, les KKK sont morts en inscrivant sur les murs des préfabriqués de leur université décatie "Pécresse m'a tué".