dimanche 13 avril 2008

Deviens MCF : épisode 1

C'est la première marche.


On met le pied dessus avec une certaine fierté parce qu'on quitte en douceur le monde étudiant pour faire de sa curiosité intellectuelle une éventuelle vocation. Parce que brusquement nos anciens professeurs nous demandent de les tutoyer. Parce qu'on imagine qu'un jour devant amis et famille, réunis et émus, un jury éminent nous dira qu'on a accompli un travail remarquable.


Elle peut être bancale, glissante et branlante : sans financement, on montera dessus à l'aide d'heures laborieuses à la solde de Ronald ou de surveillance de salles informatiques. Etudiant en batterie, on ne sera qu'un nom parmi la trentaine de volailles qu'un directeur de thèse exploite pour ses travaux.


Elle peut être taillée dans le marbre : on s'y juchera dans la souplesse d'une bourse de recherche, d'un directeur de thèse disponible, d'un sujet à la mode et d'un joli bureau dans les locaux d'une université prestigieuse. 


On croyait que c'était une marche et on découvre que c'est un long no man's land hanté de questions insidieuses des proches -dis, tu finis quand?- dis c'est quoi déjà ton sujet de thèse?- dis, tu vas faire quoi après? - et de désillusions sur les colloques, l'enseignement, son sujet de thèse, son directeur, ses envies, ses capacités intellectuelles...


Finalement un jour, on arrive à déposer quelques mois plus tard que prévu un document qu'on a sauvegardé sur toutes les machines disponibles et même sur Internet au cas où une bombe tomberait sur sa ville. Il est accompagné d'une lettre disant qu'on est autorisé à soutenir : on quitte la marche doctorant en y laissant ses collègues exsangues et on accède, épuisé, à celle de docteur...

jeudi 10 avril 2008

Mur-Mur de Fac 1

Quand je serais dépressive ou MCF ou les deux, je quitterai l'endroit où je mange du chocolat dans la poussière de craie entre deux cours et deux articles. Cet endroit ne ressemble à rien : il n'a pas de longs couloirs immaculés, d'imposants amphithéâtres embellis de peinture de maître, pas de campus verdoyant, de jolies plaques sur les portes. Il pleut dans les salles de cours, les murs sont plein de graffitis, des couloirs glauques et vides circulent entre des patios boueux. Pourtant sous la dalle rose et entre les blocs sans âme, au détour des préfabriqués et des parkings souterrains, il flotte une force vive de résistance, de vie et d'envie qui m'émeut tous les jours. Aussi, avant de le quitter, je le photographie car il est le meilleur argument contre les bâtiments aseptisés, portes bleues ou grises, joli lino et bureaux assortis qui fleurissent dans les universités récentes. J'ouvre donc la première catégorie de ce blog : quelques clichés volés de l'Université.

Mon graffiti préféré, celui que je croise tous les matins et qui tous les matins me fait sourire...
Pour les déficients visuels, le petit graffiti de droite en plus grand...

mercredi 9 avril 2008

Suivi des auditions MCF


Après la tempête des dossiers, le calme plat... On attend le mail qui vous dira si vous avez le droit de traverser la France pour défendre votre cas. Rien de pire que cette incertitude, se dire qu'en ce moment-même, si ça se trouve, votre dossier est en train de passer dans des mains amies ou traîtresses dont le/la propriétaire dira qu'il/elle pense que vous êtes intéressante... ou pas.

De ces séances de tractations secrètes, nul écho à moins d'avoir des amis dans la réunion savante. Pour les orphelins des Commissions de Spécialistes, il est possible, grâce au site du ministère à quelques sympathiques initiatives personnelles, de connaître le calendrier des postes sur lesquels vous avez candidaté :
Si vous en connaissez d'autres, je suis preneuse...

mardi 8 avril 2008

MCF pour les nuls


Loin de moi l'idée de dénigrer les étudiants de l'Université, même si c'était le sport préféré de mes professeurs de khâgne ("mes pauvres enfants, avec une maîtrise universitaire, aujourd'hui, au mieux on fait caissier chez Tati" adorait nous seriner une prof d'anglais dont le nom m'est resté en mémoire car il avait la délicieuse propriété d'être modifié en "Ayatollah" par le correcteur orthographique de Word) ou du CIES (organisme de formation qui vous apprend justement à devenir MCF : "Gardez à l'esprit que l'étudiant à la fac est là par défaut : c'est qu'il n'a pas pu intégrer une grande école" nous informa un jour un grand chauve, prof en sciences de l'éducation). Loin de moi donc l'idée de déclarer que les MCF sont pour les nuls mais chère à mon coeur l'idée de présenter en quelques mots le parcours du MCF.


En effet, comme en ce moment j'ai l'impression qu'expliquer à ma famille et mes amis ma campagne de recrutement équivaut à leur parler de ma thèse, je me suis dit qu'une petite explication s'imposait pour éviter les mêmes réactions de perplexité ("Et tu travailles là dessus depuis 4 ans???) ou de charité ("Oh, je comprends toujours pas très bien, mais ça doit sûrement être intéressant pour quelques personnes").


Comme je ne suis pas sûre que tout le monde maîtrise les bases, je commence par une présentation synthétique : 1) c'est quoi un MCF? 2) que faut-il pour devenir MCF?


La question 1) incite au quizz :

- Malheureux Chercheur Fonctionnaire? -BiiiiIIIIIIiiiip, essaie encore!

- Membre de la Confrérie des Farceurs? - BiiiiIIIIIiiip, essaie encore!

- Mother C. Fucker -BiiiiiiIIIIiii, m'enfin!

- Misérable Collègue des Facultés? - BiiiiIIIIIiiip, essaie encore!

- Magnanime Chanoine des Forces? Bon, on s'arrête là!


Un MCF, c'est un maître de conférence, autrement dit la personne qui donne des cours à l'Université (ou l'IUT, ou l'IUFM ou d'autres endroits où y'a de la craie et des marques de feutre Weleda sur les mains) mais qui ne s'appelle pas prof parce qu'il est trop jeune. Donc le MCF est un peu au professeur ce que le padawan est à Yoda. Un MCF est un Enseignant- Chercheur donc en théorie il enseigne et fait de la Recherche, et dans la pratique il enseigne et essaie de faire de la Recherche s'il lui reste du temps. Enfin, un MCF est fonctionnaire et peut donc rester MCF jusqu'à sa retraite (où il n'est plus remplacé), il peut rentrer gratuitement dans les musées nationaux, il a 5% de réduction dans les librairies et gagne 1650 en début de carrière. Sa tenue vestimentaire dépend de la bande de MCF qu'il fréquente : en biologie, le MCF porte la blouse, en informatique, il porte un Tshirt de conférence en informatique, en anglais, il porte beaucoup de colliers, en ethnologie un pull en jacquard fait main, en sociologie des petites lunettes tendance et en droit un costume de représentant en encyclopédie.


J'allais aborder la question 2 qui est finalement le coeur de cet article mais j'ai des asperges sur le feu, donc je propose de commencer un feuilleton palpitant dont les épisodes seront... les différentes étapes qui font le MCF. Pour éviter qu'on m'accuse de manipuler le Blog Rank à coup d'annonces, je balance dès le premier épisode toutes les fins de chaque épisode!


  • Episode 1 : L'inscription en Thèse (à la fin, l'étudiant a un papier qui lui permet de dire qu'il est "doctorant")
  • Episode 2 : La thèse (à la fin, l'étudiant a un papier qui lui permet de dire qu'il va bientôt soutenir)
  • Episode 3 : La soutenance ( à la fin, l'étudiant est saoul et a un papier qui lui permet de dire qu'il est "docteur")
  • Episode 4 : La crise existencielle post-thèse (à la fin le docteur prépare un dossier de qualification)
  • Episode 5 : La qualif' (à la fin le docteur se dit qu'un jour peut-être il sera MCF)
  • Episode 6 : La candidature aux postes (à la fin le docteur se dit qu'il ne sera jamais MCF)
  • Episode 7 : L'audition ( à la fin le docteur est soit dépressif, soit MCF)

vendredi 4 avril 2008

Le message du jour


Il arrive à intervalle régulier dans ma boîte aux lettres et il a le doux son rassurant du balancier de l'horloge de mes arrières-grands parents...
Il n'est, à chaque fois, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre...




UNIVERSITE KINENBAUCHE : candidature de Mlle PANDORE au poste n° 007 de Maitre de conférences, section Espionnage de sa Majesté (Article 26-I-1).


Vous êtes invité(e) à vous connecter sur le site ANTARES-ANTÉE http://www.education.gouv.fr/personnel/enseignant_superieur/enseignant_chercheur/antares.htm), muni de votre numéro de candidat(e) pour connaître l'état d'avancement de votre dossier de candidature à un poste d'enseignant-chercheur.


L'établissement universitaire à qui vous avez adressé le dossier vous invite à en prendre connaissance prochainement.


Cordialement.


[Ce message automatique adressé au candidat retournera à l'établissement affectataire du poste, en cas d'adresse électronique inexistante ou inexacte]


Par deux fois, les taquins services du personnel m'ont fait la blague du "dossier papier non parvenu" : un petit mail et tout est rentré dans l'ordre : mon dossier est a priori recevable partout!

jeudi 3 avril 2008

Je me souviens...


A l'heure où mes dossiers amoureusement constitués errent de secrétariats bruyants en sacoches à miettes et copies de rapporteurs, je me souviens d'un article du monde paru l'an passé et que j'ai réussi à retrouver bien qu'il ne soit plus en ligne...

Université : la foire à l’embauche,

( par François Clément LE MONDE | 26.06.07 )

“Mai le joli mai, le mois des commissions de spécialistes. L’université recrute ses professeurs et ses maîtres de conférences. En juin, les jeux sont faits. Ici l’on pleure, ici l’on rit. Candides candidats, si vous saviez… Par bonheur, il existe des commissions où l’on travaille de façon honnête, impartiale, au mérite, en cherchant à résoudre l’impossible équation entre le profil d’un poste et celui d’une personne qu’on ne connaît pas, qu’on découvre d’abord sous la forme d’un dossier de candidature, puis durant la “foire aux bestiaux” (qui porte le nom d’audition), cet exercice rituel comme l’université les aime : quinzeminutes de parade pour la bête de concours et quinze de tripotage pour nous autres, les maquignons.

Mettez-vous à notre place : cette personne devant nous, c’est-à-dire vous, qui avez deux petits quarts d’heure pour vendre votre peau, que nous intimidons, nous les quinzeinconnus qui vous dévisageons (bien évidemment, il ne nous vient jamais à l’esprit de nous présenter), comment savoir ce qu’elle a dans le ventre? Ah oui, les rapporteurs l’ont dit, et vous l’avez redit dans votre boniment, vous êtes titulaire d’une thèse compostée à l’automate THF (Très honorable avec les félicitations du jury) et vous avez publié quelques articles, forcément des travaux de jeunesse puisque vous êtes jeune… Mais comment savoir si vous ferez l’affaire? Tout recrutement est un pari, car ce fameux profil tient de la carpe et du lapin : une chimère. Vous serez donc spécialiste de ceci (pour notre équipe de recherche) et en même temps de cela (pour les besoins de l’enseignement). Vous assurerez la préparation à l’agrégation (sur la nouvelle question, bien sûr; vous vous “taperez” les deux cours de masse (CM) de première année : 600copies par session, à raison de deux semestres et de deux sessions par semestre, ça fait 2400copies, sans compter l’ordinaire). Recherche, enseignement, et quelques tâches administratives.

Ainsi va notre quotidien, ainsi ira le vôtre. Et, voyez, nous sommes néanmoins capables de former de bons éléments, tels que vous, et de publier dans les revues internationales. Ne vous plaignez donc pas. Nous pourrions vous tirer à la courte paille, ou procéder comme dans les jeux d’enfants : plouf, plouf, ce-se-ra-toi… Où est le mal, d’ailleurs, du moment que la commission respecte l’égalité de traitement? Mais voilà, comment le dire, la perfection n’étant pas de ce monde, il faut compter avec les petits malins, les stratèges, les pêcheurs en eau trouble, les sournois, les anguilles, les sicaires, les moisis, les imbus du nombril, les après-moi-le-déluge, les timbrés, les jaloux – non, pas vous– nous, les membres de la commission! Alors, l’adéquation entre votre candidature et le profil du poste, vous pensez que ça se discute… Surtout lorsqu’il faut caser le poulain de Dupont. Ou le flinguer, parce que Dupont a fait le coup l’an passé à Durand et que le soutien de Durand est indispensable pour faire passer la pouliche de Dubois l’an prochain… Mais vous qui piétinez à la porte, ne perdez pas espoir. Vous avez une chance. La preuve? Lisez la suite. Tout y est authentique. Ici, on recrute sur un poste de langue étrangère une personne (très sympathique) qui présente l’intéressante particularité… de ne pas connaître la langue en question. Le petit personnel, nos (très utiles) vacataires, s’occupera fort bien du ménage (les cours de langue). Là, c’est une historienne qu’on parachute sur un poste de langue (oui, certaines langues sont bonnes filles en ce moment). Pas de problème, non plus, elle, au moins, en sait suffisamment pour assurer l’initiation. Quant au reste, grammaire, langue de spécialité, analyse littéraire, traduction technique, oral, tous ces trucs de linguistes, quelle idée d’embêter les étudiants avec ça! La valetaille y pourvoira.

Ailleurs, la commission a carrément fait tilt : concours infructueux. Les billes n’étaient-elles pas bonnes? Non, il y avait d’excellents candidats. Mais on dit que trois caciques ont décidé de régler leurs comptes; ou que M. le professeur X de l’université Y venant passer six mois en France, il faut trouver le support budgétaire; ou que… Il y a toujours une raison.

Voulez-vous que nous parlions du clanisme? Dommage, c’est parfois aussi rigolo que les histoires des O’Timmins et des O’Hara. Ou du népotisme? À ce propos, un conseil : ne vous mariez pas, ne vous pacsez pas, restez dans le concubinage et veillez à déclarer des domiciles séparés. Ainsi madame, membre de la commission, pourra participer au recrutement de monsieur, dont rien n’établit, juridiquement, qu’il a le moindre lien avec elle. Faut-il également dresser la liste des innombrables “irrégularités” de procédure? Le ministère s’en inquiète tous les ans, mais il n’a pas compris : nous connaissons parfaitement la règlementation. Ou recenser les cas de complète illégalité? Par exemple, cette commission dont l’un des membres ne possède aucun des titres requis pour en faire partie. Mais, chut, nous avons notre code de l’honneur, nous autres : le linge sale se lave en famille (le mieux, d’ailleurs, étant de ne pas le laver).

Allons, rassurez-vous, de telles pratiques sont marginales, nos commissions travaillent avec conscience, on ne le répètera jamais assez. Ou alors, il s’agit d’un banal incident, comme il en arrive à tout le monde dans la vie. Vous vous rappelez la scène? Vous poireautez dans le couloir, debout à tour de rôle parce qu’il n’y a qu’une malheureuse chaise pour quatre. Soudain, vacarme : la porte de la salle explose, le professeur Machin surgit, blême, tremblant, s’en va, une main referme la porte. Et puis voilà, plus rien, le calme est revenu. Nous vous le disions : un banal incident de parcours.

La prochaine fois, nous vous raconterons les commissions du CNU (Conseil national des universités). Pour l’heure, future ou futur “Cher(e) collègue”, réjouissez-vous d’avoir pu concourir. Et laissez-nous jouer. Avec l’autonomie des universités, vous allez voir, nous allons bien nous amuser.“

François Clément, enseignant-chercheur, membre titulaire des commissions de spécialistes

mercredi 2 avril 2008

Campagne 2008 en chiffres...


Ils sont partis hier emportant avec eux....
  • 190 photocopies de rapport de soutenance
  • 389 pages de cv analytique
  • 19 projets de recherche innovants et 19 projets d'enseignements novateurs
  • 57 actes de candidatures signés et datés
  • 57 photocopies de diplôme de doctorat
  • 57 photocopies de ma carte d'identité
  • 79 enveloppes avec nom et numéro de poste
  • 53 euros de papeterie : grandes et moyennes enveloppes, transparents de couverture, jolis papiers et baguettes à relier
  • 19 enveloppes à mon nom avec timbres de collection dont la beauté était corrélée avec mon intérêt pour le poste
  • 120 euros de frais d'envois
  • 7,6 kg de papier à porter à la Poste
A l'ère du numérique et de l'écologiquement correct, on se prend à rêver qu'à l'instar du CNRS, les Universités mettent en place les candidatures électroniques...
Quand aux chiffres officieux, c'est:
  • 79 mails échangés pour prendre contact avec les responsables
  • 5 cafés par jour pendant 4 jours
  • 8 tablettes de chocolat en deux semaines
  • 1 week-end studieux alors que le temps invitait à aller boire des bières en bord de fleuve
  • 5 nuits gâchés par des rêves de compilation en latex
  • 8 ans de boulot prêts à prendre tout leur sens....ou non