mardi 17 novembre 2009

Sidérantes amours sidérales

Mon très cher Galak,

Entre nous, plus de haine que d'amour. Sans cesse la mer me ramène embrasser tes blancs rivages où j'écorche ma patience et mes kalai kalai elpides. Il me faut sans cesse revenir en ton sein chercher ce que pourtant tu te refuses à m'offrir. Sans cesse, je me heurte à toi que je fuis.

Comme les amants maudits, je me jure cent fois de t'oublier et de ne plus me perdre en tes méandres et cent fois je rechute et reviens à toi.

Tu as un nom de trou noir, de lessive qui lave à coups de sulfates, de faux chocolat pour enfant obèse qui geint devant le frigidaire, tu es toujours en retard, toujours en dérangement, jamais disponible, jamais arrangeant. Ton logo ressemble aux balbutiements artistiques de ma mamie quand elle découvrit Paint à la fin du siècle dernier, tu es hébergé en terres de rois consanguins, là où les glaces ne renvoient dans la galerie que des images d'elles-même.

Et pourtant, je suis la Juliette de Victor, la Simone à son Jean-Paul, l'Héloïse de l'Abélard, l'Elsa de Louis, la Gabrielle de son bon roi Henri, la Cléopâtre de l'Antoine togé, oui, je te l'avoue, bien à regret, je suis la Pandore de la Galaxie.

Tu me sonnes et moi j'accours, tu me siffles, je me prosterne. Tu m'avais dit "Lundi, c'est promis! Lundi tu sauras". Et moi, comme la plus misérable maîtresse crédule d'un homme marié, j'attends depuis hier de savoir à qui envoyer mes prochains dossiers de qualification et dans la case Rapporteurs, tes mots cruels, noir sur gris, triste sur terne : NON DESIGNES.

Et le pire est que nous sommes sans doute mille, nous sommes sans doute cent à attendre ainsi que tu honores le moindre de tes engagements. Un jour, je tatouerai le fronton du 1 rue Descartes d'un sanglant GALAXIE SALAUD!

En attendant, je t'attends...

dimanche 15 novembre 2009

Mai au coaltar, novembre au trimoir...

Un blog c'est bien mieux qu'un chien. Déjà ça vous laisse tranquille le matin : en quatre ans de blogs, je n'ai jamais été réveillée par une langue râpeuse et fétide et des halètements rauques m'incitant à enfiler un imper sur ma nuisette pour aller saluer le trottoir, le cheveu crêpé rasta sur l'oeil en berne en attendant que mon blog trouve dans un ravissement béat son réverbère préféré.
Le blog ne perd pas ses poils, au pire, on y laisse quelques plumes. Le blog sent rarement mauvais, au pire, on supprime le troll.
Le blog prend rarement votre oreiller pour un partenaire sexuel, et même si cela arrivait, la concrétisation physique serait difficile. Quand le blog s'oublie, cela ne porte pas vraiment à conséquence.
Et surtout, quand vous voulez partir en vacances, vous n'avez pas besoin d'attacher votre blog à un arbre derrière la station pétrolière tueuse de cormorans plantée sur l'autoroute pollueuse tueuse d'automobilistes.

Il vous suffit de le laisser, inachevé. Sans scrupule. Le "Blog Inachevé", ça donne envie de se pâmer d'extase parce qu'on se prend pour Aragon. Ca réjouit d'aise, on se dit que le blog est le vrai lieu du Mentir-Vrai cher au poète cher et on se gratte le ventre d'aise d'avoir trouvé un manifeste artistique pour draper sa paresse et sa lassitude.

Je me suis donc bien grattée les côtes et j'ai laissé cet été mon blog en brandissant le Chapitre Uno des droits du bloggeur : le droit de ne pas écrire, ne droit de ne pas répondre aux commentaires, le droit de ne pas publier les textes écrits, le droit de faire le mort, le droit de me taire.

Dans le Chapitre Dos, je stipule le droit de reprendre le blog n'importe quand, le droit de publier des vieux articles écrits au printemps dernier, le droit de mentir encore sur les lieux des villes où j'ai passé mes auditions pour tromper Tintin, et les Dupont, et Sherlock, et Rouletabille, et Roger Lapin, et Adamsberg, et tous ceux qui portent un imper pour une raison autre que sortir le chien en nuisette ou trainer à la sortie des schola de la République pour exhiber un piteux attribut délaissé.

En j'en profite illico pour publier un texte écrit il y a 6 mois, parce qu'à relire la douleur d'alors, elle me semble à la fois bien futile et bien profonde.

"Solitude dans la grande salle.
Les autres sont partis, le dernier celui d'avant moi est en train de se vendre.
Solitude dans la grande salle.
Face à moi, les champs, de grandes herbes pâles qui ondulent souples et légères dans l'été étouffant.
L'haleine fiévreuse du champ rentre par la fenêtre, un des membres du KKK est venu l'ouvrir tout à l'heure.
La peur comme une boule qui irradie au plus profond. Pour la première fois, j'ai peur d'un KKK. Est-ce parce que je suis seule dans la grande salle, face au monde des possibles, dans 40 mn tout sera joué. J'aurai parlé, ils refermeront la porte derrière moi et parleront de nous et joueront pour l'un d'entre nous l'air d'une ère sans errance.
Solitude dans la grande salle, une salle de réunion, table beige, chaises tout autour, comme dans toutes les autres universités de France, un peu belle, on n'est pas dans n'importe quelle université de France, il parait qu'on est en terre d'excellence. Il y a longtemps, quand j'étais jeune gambadante dans les champs de l'espoir du monde meilleur où le ciel était bleu, j'étais dans une classe où on nous disait que si on arrivait là, on serait l'élite de la nation. Aujourd'hui, on me juge pour être digne d'enseigner à l'élite de la nation, faute d'avoir pu en être. Le destin est facétieux, j'ai envie d'appeler Madame Ayatollah, professeur d'anglais, qui me prédisait un destin de vendeuse chez Tati si je finissais à la fac. Envie de faire un téléphone qui crie pour lui dire que je suis dans les lieux qu'elle croyait seuls capables de fabriquer l'élite de la nation.
En attendant, table grande, chaises abandonnées en désordre, d'autres s'y sont assis tout à l'heure. On a parlé, du localisme, de la pénurie de poste, des lieux d'où l'on venait, des lieux où on irait. On s'est catalogué en silence: toi trop jeune, toi trop timide, toi candidat sérieux... On a parlé pour rompre la glace de silence. Mais ils sont tous partis et je suis la dernière au bout du couloir dans la grande salle.
Je fais semblant de lire, mais ça ne lit pas.
Je respire comme il faut, pour que le corps apaise mon esprit qui se cabre, halète, roule comme un félin en cage. Je gonfle le ventre puis les poumons. Ca ne se gonfle pas.
Je n'avais pas peur les autres fois, est-ce un signe? J'aimerais y croire et me dire que ces hautes herbes resteront par la suite la mémoire du moment juste avant celui où j'ai réussi mon destin.
Ce n'est qu'un poste, un tout petit poste, une audition parmi d'autres. Mais je suis seule dans la grande salle au bout du couloir et j'attends qu'on vienne me chercher. A chaque pas qui résonne, le tambour s'affole. Les pas s'arrêtent avant le couloir et ils ne sont pas nombreux. C'est la fin de journée et je suis la dernière, seule dans la grande salle. Après moi, ils refermeront la porte et parleront de nous.
Demain, il faudra leur téléphoner. En attendant, je regarde hypnotisée les herbes qui ondulent, j'ai peur de ma vie à jouer."

Et le lendemain, j'ai téléphoné.
Et 6 mois plus tard, on ne sait plus trop pourquoi c'était si douloureux, si vital, on l'a oublié et on sait pourtant qu'en mai prochain, cela sera aussi si douloureux, si vital, coupant comme du cristal. Cristal qui songe, demain les chiens...

mardi 20 octobre 2009

No hay dos sin tres

A l'heure où la châtaigne se blottie frileusement dans sa bogue piquante qui elle-même tente de trouver un semblant de protection sous l'épaisse couche de feuilles mortes dont se pare la terre pour garder un peu de la chaleur de l'été, Pandore sort de son terrier pour ébrouer son poil terni.

La campagne II s'était finie comme la campagne I, retour à la case départ, il n'aura servi à rien de partir à point ni même de courir, La Fontaine pouvait remettre un bonnet de nuit à dentelles et trous de mites. Alors pour éviter l'ingestion indigeste des amertumes et déceptions qui ne servent à rien d'autres qu'à diminuer l'espérance de vie des françaises en augmentant la probabilité d'un cancer du foie, lieu de toutes les biles ruminées, j'avais choisi le black-out. Total. Complet. Je ne parle pas, à personne, et surtout pas à moi-même de la campagne II. Je ne me pose pas de question, je ne pense pas et je m'étais fixée une date, le 1er septembre pour m'autoriser à penser en milieu autorisé et tempéré de ce que j'allais faire de moi, de ma vie et de mon nombril.

Ca a bien marché, ça mérita un post, "Survivre au non-recrutement par l'oubli pour les nuls", un guide de survie noir et jaune écrit par une experte warrior des moments où on sait qu'on ne sera pas MCF. Je vais pouvoir coacher du candidat post-campagnus-animal-triste. Donc, je n'ai pas répondu aux gens qui ne m'ont pas recruté mais qui "ne s'inquiètent pas pour moi car vu mon profil intéressant", je trouverai rapidement un poste, je n'ai pas répondu à mes géniteurs inquiets, je n'ai pas répondu à mes amis attentionnés sur le comment-pourquoi-pour qui de la campagne, je n'ai pas répondu à l'homme cher de toutes les consolations, je n'ai même pas répondu à moi-même qui me demandait où trouver du sens à ces non-sens. Et j'ai suicidé Elpidou, le blog à Elpide de quand elle jacasse et veut s'épancher son coeur babillard et verbiageur dans le moulin à paroles redondant et rabâcheur qui lui sert de concierge commère internationale. J'ai enfoui la carrière, le recrutement, le devenir sous le sable chaud d'un été aussi blanc que le cerveau d'un iceberg qui dérive dérive dérive en fondant doucement.

Début septembre, j'ai rouvert la boite de Pandore, entrebâillé doucement le couvercle pour jeter un coup d'oeil, ça avait l'air d'être calme alors j'ai poussé l'exploration plus loin pour vérifier si mon Elpis était toujours là. Depuis, on converse ensemble, c'est causant comme deux ladies anglaises, c'est cordial comme une entrevue de beaux-parents pour des fiançailles. A causer toutes les deux, je vous avais oubliés. Et depuis quelques temps, ça s'agite ici. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai vu passer Pablo, l'ange blanc de ce blog, j'ai vu passer Avrel, l'ange noir de ce blog, y'a eu le Troll Joseph qui voulait me faire gagner de l'argent avec mon blog. Et puis tout simplement cet anonyme qui disait que je manquais. Elpidou devait me manquer aussi, alors un bon mois après tout le monde, histoire d'être snob, un bon mois après tout le monde, les crayons neufs bien rangés dans la trousse craquante et le cahier vierge de tout gribouillis, Kalai Elpides fait sa rentrée des classes. Bonne année à tous, y'a de la dissertation loquace au programme.

mercredi 10 juin 2009

Les mains sales

Hauts les coeurs, Pandore is back, le temps du deuil et du silence est passé. On reprend son bâton de pèlerinette en se disant qu'on acceptera de le tendre une troisième fois l'an prochain pour se faire battre Pour Noël 2009, je veux une paire de menottes de suspension en latex, une camisole de force en cuir, une corde à bondage, un bâillon à clous et des pinces à tétons pour officialiser lors des auditions de 2010 mon statut de néo-masochiste pécressienne.

Il n'y a pas beaucoup de blogs ou de forum où les aspirants MCF peuvent mêler leurs larmes et leurs accolades fraternelles avant, pendant et après la curée. Mais en cherchant une information, je suis tombée sur le blog d'Hugues Kenfack où s'ébauchaient les échanges d'un embryon de communauté fort instructifs:

  • "Bordeaux m'a renvoyé il y a deux ans mon enveloppe de candidature, ce qui est très gentil... mais les enveloppes rapporteurs n'ont jamais été ouverte..."
(ben voui, mon petit, je l'ai vu faire dans mon labo aussi ce coup-là, puisqu'il y a le nom du candidat sur l'enveloppe, pas besoin de se fatiguer. Je me souviens de M. Mandarine, hilare : "on a reçu 70 dossiers, on va pas lire tout ça!" et sur la table deux piles : les dossiers qu'on allait regarder et les autres...)

  • "Joli coup à Perpignan! Une première lettre pour annoncer qu'on est auditionné le 3 juin, le lendemain une nouvelle lettre annulant la précédente et disant que finalement, ben non, zetes pas auditionnée ma bonne dame!"
(ben voui mon petit, j'ai aussi vu un secrétariat se planter de candidat lauréat sur un poste d'ATER en lisant mal le compte-rendu du comité, forcément on ne s'en est aperçu qu'à la rentrée quand le candidat officiel mais inconnu au bataillon est arrivé avec son petit cartable, sa chemise propre et bien repassée et sa lettre tamponnée : du coup, ils ont pris les deux, l'outsider looser qui avait été officiellement inscrit sur le papier et le lauréat désigné par le comité à qui on avait dit en juin qu'il était pris et qui avait déjà un bureau avec son nom dessus.)

  • "puisque le temps du bilan est presque arrivé, j'ai une question qui me tourmente depuis ma première audition... est-ce que quelqu'un a déjà vu, cette année, un extérieur être recruté?"
(ben non mon petit, les autres, je sais pas mais moi j'ai appris que le vrai candidat extérieur eest un cousin du dahu. Mais après, tout le monde a un ami d'ami qui a été recruté quelque part où il ne connaissait personne.)

  • "C'est clair que le classement n'a plus qu'un rôle symbolique lorsque le candidat classé premier, comme c'est le cas à Tours (ou dans d'autres villes !) sont des locaux..."
(ben oui mon petit, pire l'audition elle-même n'est que symbolique quand les auditionnés et le Comité de Sélection savent avant même le jour J qui sera pris comme à Gloomyland cette année.)

Si vous prenez le temps de lire les commentaires de cet article, vous y trouverez la quintessence de la campagne de recrutement telle qu'elle se pratique actuellement : la gène un peu honteuse du local recruté qui se justifie en rougissant un peu, l'absence assourdissante d'informations dont disposent les candidats avant, pendant et après, les craintes et les angoisses des auditionnés, la complète acceptation du localisme comme une fatalité...

Mais un message a particulièrement retenu mon attention, celui d'un lecteur au nom très approprié à l'issue de cette campagne, l'espoir fait vivre:
"Comment peut-on à la fois reprocher à cette chère Ministre de traiter les enseignants chercheurs comme des malpropres et, en tant qu'enseignant chercheur, se permettre de ne pas ne serait-ce qu'informer les candidats qu'ils ne sont pas admis à poursuivre le concours ?"

J'ai envie de poursuivre :

Comment peut-on reprocher à cette chère Ministre de traiter les enseignants chercheurs comme des malpropres et, en tant qu'enseignant-chercheur,...
  • faire déplacer 10 personnes pour recruter son candidat local;
  • faire déplacer 10 candidats mais ne pas se déplacer soi-même (cf le comité de sélection réduit au minimum légal de 6 personnes à Gloomyland);
  • refuser volontairement d'auditionner de trop bons candidats sous le prétexte qu'ils ne viendront pas parce qu'ils sont trop bons et avec surtout la peur au bas-ventre qu'ils fassent de l'ombre au Gloomy local;
  • ne pas informer les candidats des classements, même 4 semaines après l'audition alors que le CA de l'Université a entériné le truc;
  • dire à un excellent candidat classé second que "l'on ne s'inquiète pas pour eux vu la rare qualite de leur dossier" alors qu'on vient de recruter un local mauvais comme un pou mal coiffé;
  • poser des questions aussi fécondes que "et si on vous classe, est-ce que vous viendrez?" ou "comment expliquez-vous le fait que vous n'ayez pas été recruté l'an passé" alors qu'on recrute en local;
  • recruter un futur collègue avec qui on va passer quelques décennies en 8 mn?
Je reviens sur ce dernier point car il fait écho à une autre lecture indispensable à l'heure où s'achève encore une campagne aussi spongieuse que Bob le carré en mousse:
"Nous nous battons aujourd'hui pour défendre le temps non négociable nécessaire aux universitaires. Or le temps minimum n'existe même pas pour les candidats aux postes de maître de conférence. On sélectionne et jette aussi vite des universitaires en quelques minutes comme dans les pires entreprises."
"dix minutes d'Actors Studio valent plus qu'une réputation nationale déjà acquise ou dix à quinze ans d'expérience dans l'enseignement et la recherche."


Il y a quelques jours, se tenait encore une Academic Pride, et j'avais encore moins envie d'y participer que l'an passé parce qu'une fois de plus cette campagne n'a fait que matérialiser l'Academic Shame qui donne envie d'aller chercher si ailleurs l'herbe est plus douce.

Chers membres de KKK qui avez trimé en cette fin de printemps, et si la défense de la Recherche commençait au jour le jour dans vos labos au lieu d'aller battre le pavé pour défendre votre dignité, la voix haute dans le slogan mais les mains sales sous la banderole?

jeudi 28 mai 2009

Ceux que j'aime

Une ultime réponse, toujours la même... Encore une fois, il y avait quelqu'un sur place qui convenait bien. Merci d'être venue, on a bien aimé la couleur de votre chemisier, vos réponses étaient très pertinentes et "votre enthousiasme pour l'enseignement et la recherche donne beaucoup d'espoir pour l'avenir."

C'en est presque fini de cette seconde campagne sans que je sache si c'est moi qui suis malchanceuse, si M.Mandarin s'est vengé de mes insolences en s'offrant un médium marabout en boubou dont il avait eu le prospectus à l'entrée bouchée d'une bouche de métro pour que je n'enfante que des foetus à deux têtes, ne puisse plus jamais réussir l'omelette norvégienne et l'aligot filant et sois toujours auditionnée sur des postes mités. Ou si Godechot a truqué ses chiffres, 50% de locaux qu'il disait et ça faisait peur. 100% de locaux qu'elle dit, Pandore, et ça vous hérisse les aisselles velues à vous faire lever les bras au ciel. Il y a quelque chose de pourri au Royaume de Pécresse. Comme il y a plein de choses pourries, celle-ci semble bien anodine, certes.

Je n'ai pas voulu penser, m'apitoyer, ni même réfléchir à ce que ça voulait dire, à ce que j'allais faire, à que faire puisque ça se refusait. Je n'ai pas voulu en parler. Avec personne, parce que les gens sont trop gentils "Tu t'est tellement battue, que c'est sûr, à un moment, ça va marcher", "Tu sais DJ, il a mis quatre ans, mais ça a marché", "C'est qu'il y a un poste mieux qui t'attend quelque part, persévère!", "Avec des classements aussi bons, tu es passée à si près à chaque fois"...

Parce que je ne peux leur dire qu'une araignée a bulles fait sa toile en mon coeur et que leurs mots gentils ont le même goût que les
"votre enthousiasme pour l'enseignement et la recherche donne beaucoup d'espoir pour l'avenir." Un sirop doucereux violette-hareng saur qui donne la nausée donc je sors.

Alors je suis allée chez les hommes de mon panthéon, les bien plus sages, ceux qui savent qu'on finit tous sous la terre battue où l'on pleure la bouche pleine, ceux qui savent que l'espoir est le cache-misère morphinique de ceux qui n'ont pas, ceux qui savent qu'il faut rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer. Ceux que j'aime et qui me font du bien parce qu'ils regardent sans fard le monde pourri qui grouille et rampe, sans rien attendre d'autre que la fin qui finit mal.

Je reviens demain peut-être sans doute, on fera des blagues sur les KKK, on reparlera des Gloomy, je vous ferai un bétisier 2009, on fera le clown pour tenir son rôle dans le monde illusion où il faut rire de tout de peur d'être obligé d'en... Mais parce que c'est mon blog, je m'offre une dernière page de glace lasse pour 2009, hommage à ceux que j'aime et qui, ces derniers jours, étaient les seuls avec qui je pouvais EN parler, de mon araignée à bulles. Ca a un peu du ridicule d'un Skyblogs où on aurait copier-coller une citation trouvée en ligne, accolée à une image d'un loup blanc près d'une fille en pleurs qui regarde la lune, mais qu'y puis-je si, depuis jeudi, je n'aime regarder les choses qu'avec les yeux vides de Rudyard, Charles, Louis, Leo et Alfred ...


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Je songe et ne sens plus.
L'épreuve est terminée.

Cela dut m'arriver en des temps très anciens.
Quelqu'un m'a dévoré le coeur. Je me souviens.
Le coeur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller,
Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien.

Alors ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit.

Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Car je perds ma force et ma vie,

Et mon espoir et ma gaieté.

Je perds jusqu'à la fierté

Qui faisait croire à mon génie.


Quand j'ai connu la vérité, j'ai cru que c'était une amie;
Quand je l'ai comprise et sentie, J'en ai été dégoûtée.
Le seul lot que je retire de ces mois passés
Sera d'avoir trop de fois pleuré.

C'est trop long de vieillir au bout du compte,
Le sable en fuit entre mes doigts,

C'est comme une eau froide qui monte,

C'est comme une honte qui croît,

Un cuir à crier qu'on corroie.


C'est long d'être un humain une chose,

C'est long de renoncer à tout :

Je ne peux voir détruit le rêve de ma vie
Et sans dire un seul mot me mettre à rebâtir,

Je ne rencontrerai pas Triomphe après Défaite

Pour recevoir ces deux menteurs d'un même front,

Je ne peux conserver mon courage et ma tête.

Morne esprit, autrefois amoureuse de la lutte,
L'Espoir, dont l'éperon attisait mon ardeur,
Ne veut plus m'enfourcher!
Je me couche sans pudeur,

Vieille jument dont le pied à chaque obstacle bute.
Résigne-toi, mon coeur; dors ton sommeil de brute.

Car je me sens blanchie comme cette jument fourbue,

Car je me sens glacée dans un lit de hasard,

Car je me sens toute seule peut-être même pas peinard,

Car je me sens flouée par les années perdues.

J'ignorais que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi,

Le jour décroît; la nuit augmente en moi!

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Tu réclamais le Soir; il descend; le voici...

mercredi 27 mai 2009

Lépidoptère liberté

Liberté amère sous la plume de Mirza qui a décidé de prendre d'autres envols.

Liberté goûtée dans sa plénitude tant que planent encore quelques possibles. D'ici quelques heures peut-être, ce sera le temps des drames antiques, l'héroïne prostrée ira s'enterrer vive la bouche plein de la terre battue des matchs sans issue. Je mangerai mon oreiller, je maudirai encore M. Mandarine mon mandarin, je trouverai de charmants noms d'oiseaux qui n'existent même pas pour tous les KKK de France qui auront adopté leurs propres enfants jusqu'à l'écoeurement de la consanguinité et l'opacité gluante des incestes consommés.

Liberté sans prix quand enfin j'ai fini mon contrat : je me suis battue jusqu'au bout, parfois peut-être maladroite, parfois vindicative, parfois en vain, mais je suis allée partout, j'ai lutté comme j'ai pu, pour provoquer la chance qui n'arrive jamais seule. Maintenant, j'ai droit à quelques baumes pour les pieds qui ont porté les espoirs, les mains qui ont écrit les projets, les yeux qui ont vu la bonne conscience des regards clairs des KKK, le coeur qui a battu à rompre les silences des salles où l'on attend les mains moites et le coeur coîte.

Je goûte le calme serein de l'oeil d'un cyclone émotionnel, entre ce matin encore plein de tensions et les heures à venir qui seront peut-être si douloureuses. Surtout, si ça n'a rien donné encore cette année, tenir bon, ne pas sombrer, ne pas abandonner, ne pas baisser les bras. Essayer de croire que l'on vaut mieux que ça.

En arrivant à la Gare de mon dernier TGV-aller-retour-dans-la-journée, je me suis offert pour conclure cette campagne des boucles futiles pour parer des oreilles inutiles. Des boucles comme j'aime, longues et légères avec des reflets de couleurs éphémères, qui volent dans le cou comme des papillons d'air.

Peut-être que je ne serai jamais papillon de la Recherche et que je resterai au stade larvaire des cocons qui ne voient jamais la lumière, un petit corps poilu qui aimait bien le goût des feuilles à brouter avec application et qui rêvait au jour où sans savoir que des fois les jours où n'arrivent jamais. Un petit corps emmuré dans un cocon emmêlé dont personne ne l'aidera à se dépêtrer, je serai la momie morte dehors, triste dedans.

Mais là je goûte la quiétude et quand je remue la tête, ça virevolte dans cette accalmie éphémère, moment de grâce dans la campagne, le papillon qui n'a qu'une aile peut s'envoler, moi je l'ai vu, et que m'importent les heures qui viennent, me voilà de douceur pourvue.

mardi 26 mai 2009

Matin brun

Il avait dit: "Appelez -moi demain matin."

C'était courtois de borner ainsi le temps. C'était courtois de prendre ainsi le temps de dire à chacun. C'est le seul endroit où le respect des candidats m'a semblé exister. Parce que, quand j'ai pris contact avec lui, il a passé vingt minutes à me parler, pour me raconter le poste, le contexte politique, leurs envies, leurs attentes.

Il avait dit: "Appelez -moi demain matin."
Alors je suis rentrée sereine, j'ai dormi dans le train, sommeil lourd et paisible. Sans fièvre nerveuse du téléphone qui ne risquait pas à tout moment de me sauter à la gorge. En rentrant, j'ai pris une douche, pris du temps, sans violemment me jeter sur ma messagerie qui ne risquait pas à tout moment de me lancer sauvagement une liste de candidats classés à la figure.

Une nuit.
Se dire que c'est peut-être la dernière nuit des interrogations lourdes, se dire aussi qu'on a pensé la même chose après chaque audition et que cela n'a jamais été finalement que des nuits comme les autres, ne pas s'emballer. Envie de croire que cette fois, c'est différent, envie de ne pas y croire pour ne pas chuter encore.

Un matin, 6h30, se dire qu'"Appelez -moi demain matin.", c'est le matin des gens, pas le sien. Mes matins sont des aurores pâles où tout le monde dort, y compris les KKK. Se demander à quelle heure est le matin. Se rappeler que la veille, on avait décidé que le matin, c'était à 10 heures.

Se dire qu'on appelle pas un KKK en pyjama, se laver, s'habiller, se coiffer comme pour un vrai rendez-vous. Prendre un petit-dejeuner du dimanche, du pain avec du beurre, du vrai beurre avec des petits cristaux de sel. Regarder le bol de lait tourner dans le micro-onde.

A 10h, se dire que tous les autres candidats ont du décider que le matin, c'était à 10h. Alors retarder le moment, profiter du pain à tremper dans le lait, de la douceur de la mie, du beurre qui fond un peu. Regarder le matin qui avance dans la ville et le jour qui gagne peu à peu vers demain.

Se dire que peut-être quelque part en France, quelqu'un a déjà appelé et pleure sans savoir pourquoi, parce qu'il devrait être heureux d'être celui à qui on a dit oui. Se dire que sans doute en France, d'autres ont déjà appelé et pleurent, leur rage, leur tristesse. Hier, pour beaucoup, c'était la seule audition de l'année.

Avoir mal au ventre, réfléchir à ce qu'on dira pour ne pas montrer qu'on est triste. Dire merci de votre cordialité, dire merci pour ces retours qui m'aideront à améliorer ma candidature. Dire dommage, j'aurai bien aimé être adoptée.

Le pain est terminé, le bol de lait aussi. Il n'y a plus rien à faire. Juste appeler...
Il n'y a plus rien à faire, alors écrire ce texte, pour repousser encore le moment où.
Se dire que 10h17, c'est une belle heure pour un matin. A 10h17, appeler.

....

Reprendre ce texte.
Entendre la voix, c'est la voix de ceux qui vous disent leurs condoléances, la voix qu'on a quand on parle aux malades. Apprendre qu'on est bien classé, très bien même... et découvrir qu'ils ont pris un candidat qui était déjà chez eux.

C'était ma cinquième audition, j'ai été classée sur tous ces postes, je dois avoir de la chance.
Tous les postes ont été pourvus en local, je dois être maudite.

Il ne reste plus qu'une chance, mercredi. Je n'y suis pas née, je n'y ai pas étudiée, je n'y ai rien fait, comment croire que cette ville pourrait m'adopter...


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Je répondrai à tous les commentaires plus tard, là, le coeur n'y est plus trop...